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Prix & budgets · Suisse romande

Lire un devis de cuisine : les six postes où l'argent se cache

Deux devis au même montant final peuvent recouvrir des chantiers très différents. Voici comment les comparer ligne à ligne, avant de signer.

Un devis de cuisine imprimé posé sur une table en bois, à côté d'une calculatrice et d'un mètre pliant, dans un logement en travaux.
Un devis se lit poste par poste, jamais au montant final. Image de synthèse

Un devis de cuisine se lit mal parce qu’il est conçu pour être lu vite. Le chiffre du bas est gros, les lignes du haut sont nombreuses, et la comparaison entre deux offres se fait presque toujours sur le mauvais critère : le total. Or deux totaux identiques peuvent recouvrir deux chantiers qui n’ont rien à voir.

Ce qui suit n’est pas une grille de prix. C’est une méthode de lecture, poste par poste, avec à chaque fois la question à poser au cuisiniste avant de signer.

Trois repères tout de même, pour situer un devis avant de l’ouvrir. Le fabricant suisse Veriset donnait en février 2025 une règle de répartition simple : les meubles et l’électroménager pèsent chacun environ un tiers du total, le montage environ 12 %. Le guide de prix 2026 de Bois & Design donne une variante à trois tiers pleins, le dernier réunissant main-d’œuvre, fabrication, logistique et pose. Et la plateforme de devis Ofri situait, en novembre 2024, la bande « standard » d’une transformation de cuisine entre 18 000 et 22 000 francs.

Si votre devis s’écarte franchement de cette répartition, ce n’est pas nécessairement un mauvais devis. C’est un devis dont il faut comprendre pourquoi il s’en écarte. Nous détaillons ces relevés dans un article dédié, Combien coûte vraiment une cuisine posée.

1. Les meubles, et surtout ce qui n’est pas dedans

Le poste des meubles est celui que tout le monde regarde. C’est aussi celui qui se compare le moins bien, parce que le prix dépend de trois variables rarement affichées côte à côte : le corps du meuble, la façade, et la quincaillerie.

Le corps est souvent en panneau de particules mélaminé, parfois en contreplaqué. L’épaisseur du panneau, la nature du chant, la présence d’un fond rapporté ou d’un fond encastré changent la durée de vie du meuble bien plus que la couleur de la façade.

La quincaillerie est le poste le plus sournois. Coulisses à sortie totale ou partielle, amortisseurs, charnières réglables sur trois axes : ce sont des pièces qu’on ne voit pas et qu’on manipule vingt fois par jour. Un devis qui ne nomme pas la marque des coulisses vous laisse comparer une cuisine à une autre sans savoir laquelle tiendra dix ans.

À demander : la référence exacte de la quincaillerie et l’épaisseur des corps.

2. Le plan de travail, où l’écart se creuse le plus

C’est le poste qui fait basculer un budget. Stratifié, compact, quartz reconstitué, pierre naturelle, inox, bois massif : l’échelle de prix entre le premier et le dernier est considérable, à surface égale.

Mais le matériau n’explique pas tout. Ce qui coûte, ce sont les usinages : la découpe de l’évier, celle du plan de cuisson, les chants, les jonctions d’angle, les percements pour la robinetterie, et la finition contre le mur. Un plan en pierre avec évier sous plan et égouttoir rainuré n’est pas le même travail qu’un plan stratifié avec évier posé.

Attention aussi au relevé de cotes. Certains devis sont établis sur plan, avant démolition. Les murs anciens ne sont jamais d’équerre. Un devis sérieux prévoit un relevé après dépose, et le dit.

À demander : le devis inclut-il un métré définitif après dépose, et qui paie l’écart s’il y en a un.

3. L’électroménager, et le piège du « équivalent »

L’électroménager est le seul poste que vous pouvez comparer objectivement, puisque les références sont publiques. C’est aussi celui où la mention « ou équivalent » fait le plus de dégâts.

Exigez des références précises, marque et modèle. Vérifiez ensuite si le prix du devis correspond au prix public, et ce que la remise du cuisiniste recouvre. Certains intègrent la livraison et la mise en service, d’autres non.

Un point spécifique à la Suisse mérite attention : le raccordement d’un plan de cuisson à induction demande souvent une alimentation en courant triphasé. Si votre tableau ne l’a pas, cela devient un poste d’électricité, pas un poste de cuisine.

À demander : les références exactes, et qui prend en charge le raccordement électrique final.

4. La pose, qui n’est pas une ligne mais un métier

« Pose » sur une seule ligne, avec un montant rond, est le signal qu’il faut creuser. La pose d’une cuisine recouvre le montage des caissons, leur mise à niveau, la fixation au mur, l’ajustement des façades, la pose du plan, les jonctions, les socles et les finitions.

Sur un mur ancien, la mise à niveau peut demander des heures. Sur une dalle irrégulière, les socles se recoupent un par un. Ce sont ces heures qui séparent une cuisine bien posée d’une cuisine qui grince.

À demander : le nombre d’heures prévues et ce qui se passe si le chantier les dépasse. C’est le point qui distingue un prix forfaitaire d’un prix en régie, et il mérite d’être écrit noir sur blanc — la différence est développée dans Régie ou forfait.

Pour situer l’ordre de grandeur : le guide de prix 2026 de Bois & Design chiffre la pose d’une cuisine de 2,5 à 4 mètres entre 1 800 et 2 500 francs, et le relevé de tarifs horaires publié par Baunex en avril 2026 situe le menuisier entre 95 et 140 francs de l’heure en Suisse.

5. Les raccordements, le poste orphelin

C’est le poste qui manque le plus souvent, parce qu’il n’appartient à personne. Le cuisiniste vend et pose des meubles. L’eau, l’évacuation, l’électricité et la ventilation relèvent d’autres corps de métier.

Un devis complet précise qui fait quoi. Un devis incomplet vous laisse découvrir après la dépose que le déplacement de l’évier de quatre-vingts centimètres implique une reprise d’évacuation, donc un sanitaire, donc une intervention non prévue.

À demander : la liste des raccordements inclus, et le nom de l’entreprise qui les exécute.

6. La dépose et l’évacuation

Démonter l’ancienne cuisine, la sortir, la trier et l’amener en déchetterie prend du temps et coûte des taxes. Ce poste apparaît parfois, disparaît souvent, et ressurgit toujours à la facture finale.

La question n’est pas seulement de savoir s’il est inclus, mais jusqu’où. Un ancien plan de travail scellé, un carrelage mural à casser derrière les meubles, une cheminée d’aération condamnée : ce sont des découvertes de chantier, et elles se règlent mieux avant qu’après.

La plateforme Ofri chiffrait ce poste, en novembre 2024, entre 450 et 990 francs pour le démontage et l’élimination de l’ancienne cuisine. C’est un ordre de grandeur utile : un devis qui l’omet ne l’a pas offert, il l’a oublié.

À demander : ce que couvre exactement la dépose, et le tarif horaire applicable aux travaux imprévus.

La question qui résume les six autres

Avant de signer, posez une seule question au cuisiniste : « Si je vous appelle dans trois mois parce qu’une porte ne ferme plus, qui vient, et est-ce facturé ? »

La réponse vous en dira plus que le total du devis. Elle vous dira si vous achetez des meubles, ou un chantier avec quelqu’un derrière.

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