Prix & budgets · Suisse
Combien coûte vraiment une cuisine posée : les prix relevés, poste par poste
Le prix d'une cuisine ne se compare pas au mètre linéaire. Quatre relevés suisses, tous datés, montrent où passe l'argent — et où l'écart se creuse entre deux devis au même montant.

Une cuisine est le seul achat de rénovation dont le prix varie d’un facteur vingt sans que rien ne le laisse voir sur le plan. Deux implantations identiques, deux fois cinq mètres de linéaire, peuvent coûter 20 000 francs ou 100 000.
Le réflexe est alors de demander « un prix au mètre ». C’est précisément ce qui ne fonctionne pas : la variable dominante n’est pas la longueur, ce sont les appareils, le plan de travail et l’état du logement avant les travaux.
Ce qui suit rassemble quatre relevés suisses publiés entre novembre 2024 et 2026. Aucun chiffre ci-dessous n’est de nous : chacun porte sa source et sa date. La méthode est expliquée à la fin.
Les quatre bandes de prix
La plateforme de devis Ofri a publié le 27 novembre 2024 une analyse des offres reçues pour la transformation d’une cuisine en Suisse. Elle distingue quatre bandes :
| Gamme | Fourchette |
|---|---|
| Bon marché | CHF 4 500 – 5 500 |
| Standard | CHF 18 000 – 22 000 |
| Haut de gamme | CHF 45 000 – 55 000 |
| Luxe | CHF 90 000 – 110 000 |
Le site myky.ch, mis à jour le 18 novembre 2025, décrit le même paysage avec d’autres bornes : de 1 000 à 3 500 francs pour une kitchenette préassemblée, environ 5 000 francs pour une cuisine simple sans appareils, environ 20 000 francs pour une cuisine standard appareils compris, environ 50 000 pour le haut de gamme, et au-delà de 100 000 pour le luxe.
Le fabricant suisse Veriset écrivait en février 2025 que ses prix démarrent autour de 20 000 francs, et recommandait de compter au minimum 30 000 francs pour de la qualité durable. Le guide 2026 de Bois & Design situe une « réalisation de qualité supérieure » autour de 50 000 francs, avec une gamme intermédiaire entre 35 000 et 60 000.
Ce qu’il faut lire dans ces chiffres : la bande basse d’Ofri, à 4 500 francs, ne décrit pas une cuisine posée. Elle décrit du mobilier de cuisine. Le seuil réel d’une cuisine complète, appareils et pose compris, se situe pour tous ces relevés autour de 20 000 francs.
Où passe l’argent : trois budgets décomposés
C’est la partie que presque aucun devis n’affiche. Veriset a publié le détail de trois cuisines, par poste. Les montants sont en francs.
| Poste | Cuisine à 20 000 | Cuisine à 30 000 | Cuisine à 40 000 |
|---|---|---|---|
| Meubles | 6 000 | 16 000 | 14 000 |
| Plan de travail | 4 400 | 7 000 | 6 100 |
| Électroménager | 7 400 | 6 400 | 13 000 |
| Évier et robinetterie | 730 | 1 300 | 4 500 |
| Travaux sur mesure | 2 500 | — | 2 700 |
Lisez ce tableau horizontalement plutôt que verticalement. Il ne dit pas que la cuisine chère a plus de meubles : il dit que le poste qui absorbe le supplément change d’une cuisine à l’autre. Entre la première et la deuxième colonne, les 10 000 francs supplémentaires vont presque entièrement aux meubles. Entre la deuxième et la troisième, ils vont à l’électroménager et à la robinetterie, tandis que les meubles baissent.
Deux cuisines au même prix final peuvent donc être deux objets sans rapport : l’une avec de bons caissons et des appareils ordinaires, l’autre avec des appareils haut de gamme montés dans des meubles moyens. Le total ne le dit pas. Le détail, oui.
La règle des trois tiers, et sa limite
Veriset formule une règle simple : les meubles et les appareils électriques représentent chacun environ un tiers du prix total, plus environ 12 % pour le montage. Bois & Design donne une variante à trois tiers pleins : mobilier, électroménager, puis main-d’œuvre, fabrication, logistique et pose.
C’est une bonne grille de contrôle. Si un devis vous présente des meubles à 60 % du total, ou une pose à 3 %, quelque chose est mal réparti — ou mal dit.
Sa limite : elle porte sur la cuisine, pas sur le chantier.
Les postes que la cuisine ne contient pas
C’est ici que les budgets dérapent, parce que ces postes n’apparaissent pas dans l’offre du cuisiniste.
La dépose et l’évacuation de l’ancienne cuisine. Ofri la chiffre entre 450 et 990 francs. C’est le poste le plus souvent absent d’un devis, et le plus facile à vérifier : lisez si le mot « évacuation » y figure.
La pose. Bois & Design la chiffre entre 1 800 et 2 500 francs pour une cuisine de 2,5 à 4 mètres. Au-delà, elle suit la complexité, pas la longueur.
Les travaux préparatoires. C’est le vrai risque. Bois & Design les situe, en rénovation, entre 15 000 et 30 000 francs selon l’état des infrastructures : déplacement d’arrivées d’eau, reprise de l’évacuation, mise aux normes du tableau électrique, ventilation, sol, peinture. Ce montant peut égaler celui de la cuisine elle-même.
Le sanitaire et l’électricité. Ils sont facturés à l’heure quand ils ne sont pas forfaitisés. Le relevé de tarifs horaires publié par Baunex en avril 2026 donne, pour la Suisse, 100 à 150 francs de l’heure pour un installateur sanitaire ou chauffagiste, 95 à 145 pour un électricien, 95 à 140 pour un menuisier. Le même relevé note que les tarifs sont de 10 à 20 % plus élevés à Zurich, Bâle et Genève, et de 10 à 15 % plus bas en zone rurale.
La réserve. Bois & Design recommande 10 % du budget total. Sur une rénovation où l’on ouvre les murs, c’est un minimum raisonnable.
Ce que couvre un tarif horaire
Puisque plusieurs postes se facturent à l’heure, autant savoir ce que paie l’heure. Baunex décompose le tarif facturé ainsi : environ 35 à 40 % de salaire brut, 15 à 18 % de charges sociales, 20 à 25 % de frais généraux, 10 à 15 % de marge, et 10 à 15 % de temps non facturable.
Un artisan à 130 francs de l’heure ne gagne pas 130 francs de l’heure. C’est utile à savoir avant de négocier un tarif à la baisse : ce qui se comprime, dans cette structure, est surtout la marge et la qualité du temps passé.
Le paramètre gratuit que personne ne regarde
Une contrainte dimensionnelle décide du confort d’usage pour trente ans, et elle ne coûte rien à respecter au moment du plan.
La norme SIA 500 sur les constructions sans obstacles fixe, pour les cuisines : un espace libre d’au moins 1,40 × 1,70 m devant l’évier et la cuisinière dans une cuisine à un front ou en L ; une distance minimale de 1,20 m entre les fronts dans une cuisine à deux fronts ou avec élément central ; et un plan de travail de 0,25 à 0,90 m entre l’évier et la cuisinière.
Vous n’êtes pas tenu d’appliquer cette norme dans votre logement. Mais un îlot posé à 90 cm du bloc principal, parce que le plan était joli, restera à 90 cm pendant toute la vie de la cuisine. Le respect de ces cotes n’ajoute rien au devis. Il ajoute seulement des mètres carrés au plan, ce qui est une autre discussion.
Notre méthode, et ce qu’elle ne permet pas
Les chiffres de cet article proviennent de quatre sources publiées : une plateforme de devis qui agrège des offres réelles (Ofri, novembre 2024), un fabricant suisse qui publie ses propres décompositions (Veriset, février 2025), un site d’information au propriétaire (myky, novembre 2025) et un guide de prix d’un menuisier romand (Bois & Design, 2026). S’y ajoute un relevé de tarifs horaires (Baunex, avril 2026).
Ce sont des ordres de grandeur publiés, pas un relevé que nous aurions effectué nous-mêmes sur des devis anonymisés. Cette distinction compte, et nous préférons l’écrire : nous n’avons pas la matière pour affirmer qu’une cuisine coûte tel montant précis dans tel canton romand.
Ce que ces sources permettent, en revanche, est plus utile qu’un prix moyen : elles donnent la structure du coût. Trois tiers, plus un chantier qui peut doubler la note. Avec cette structure en tête, on lit un devis autrement — et on voit immédiatement ce qui n’y figure pas.
Nous complétons ce relevé au fur et à mesure. Si vous avez un devis de cuisine romand daté et que vous acceptez qu’il soit anonymisé, il nous intéresse.