Normes · Suisse
Norme SIA 271/1 : ce que l'étanchéité d'une salle de bains doit vraiment respecter
Depuis mai 2025, les pièces d'eau ont leur propre norme. Elle interdit de percer là où l'on perçait, impose l'étanchéité du sol sur toute sa surface, et fixe des hauteurs au centimètre.

Il existe en Suisse une norme qui décide si votre salle de bains tiendra dix ans ou trois. Jusqu’en 2025, il fallait aller la chercher dans un texte conçu pour les toitures plates. Ce n’est plus le cas : depuis mai 2025, les pièces intérieures exposées à l’eau ont leur propre norme, la SIA 271/1, « Étanchéité des pièces intérieures ».
Le changement n’est pas administratif. La nouvelle norme fixe des hauteurs, des largeurs de collage et des épaisseurs au dixième de millimètre, et elle interdit une pratique de chantier universelle : percer un mur de douche après coup.
Une précision d’emblée : nous ne reproduisons pas le texte de la norme, qui est protégé et payant. Nous expliquons ce qu’elle exige, ce qui est autre chose. Les valeurs citées ci-dessous proviennent de la synthèse publiée par un fabricant de systèmes d’étanchéité, qui reprend les tableaux de la norme en indiquant leur source.
Quelle norme pour quelle surface
C’est la première chose à savoir, parce que les devis se trompent encore de référence.
| Ouvrage | Norme |
|---|---|
| Salles de bains, douches, vestiaires, cuisines professionnelles | SIA 271/1 |
| Toits plats, balcons, terrasses, enveloppe du bâtiment | SIA 271 |
| Bassins et réservoirs | SIA 272 |
| Surfaces carrossables des bâtiments | SIA 273 |
| Étanchéité des joints | SIA 274 |
La SIA 271/1 couvre les espaces intérieurs non carrossables exposés à l’eau : salles de bains et douches des logements comme des hôtels, espaces de bien-être, vestiaires et douches publics, abords de piscines privées et publiques, locaux de production alimentaire, cuisines professionnelles et blanchisseries industrielles. L’usage d’un fauteuil roulant ou d’un chariot à main n’est pas considéré comme de la circulation au sens technique.
À noter au passage : la SIA 272 a elle aussi été révisée et publiée le 1er août 2024, et l’étanchéité des piscines a été retirée de son champ d’application, un document normatif spécifique étant annoncé.
Le principe : le carrelage n’est pas étanche
C’est le malentendu fondateur, et il explique la moitié des sinistres.
Un carrelage n’étanche rien. Le grès cérame ne prend pas l’eau, mais les joints sont poreux et les angles bougent. L’étanchéité d’une pièce d’eau est assurée par une couche placée sous le revêtement : un enduit minéral souple, une résine réactive, une dispersion polymère ou une membrane.
Quand cette couche est absente ou mal exécutée, rien ne se voit. Le carrelage est droit, les joints sont nets, la douche fonctionne. L’eau, elle, passe lentement dans la chape, migre, et ressort trois ans plus tard sur le plafond du voisin du dessous.
Trois niveaux de sollicitation
La norme classe les surfaces en trois sous-groupes d’application, selon l’exposition à l’eau.
A4.1, sollicitation modérée. Surfaces en contact modéré avec l’eau, sans accumulation prolongée. C’est l’usage domestique : sols de salle de bains, sols de la zone de douche, surfaces murales au-dessus des baignoires et des bacs de douche. C’est aussi la catégorie des salles d’eau de chambres d’hôtel, de homes et d’hôpitaux.
A4.2, sollicitation élevée. Surfaces en contact fréquent avec l’eau, avec accumulation temporaire, ou nettoyées quotidiennement : usage public et commercial, usage domestique intensif, cuisines professionnelles, vestiaires et douches publics, abords de piscines, installations de spa privées.
A4.3, sollicitation très élevée. Contact très fréquent, accumulation durable, exigences d’hygiène renforcées ou nettoyage mécanique et chimique : grandes cuisines, production alimentaire, blanchisseries industrielles, spas publics.
Cette classification n’est pas théorique : elle commande le choix des systèmes autorisés. Les dispersions polymères, par exemple, ne sont admises qu’en A4.1 « modérée », et uniquement sur les murs. Les résines réactives et les membranes d’étanchéité sont admises dans les trois sous-groupes.
Les hauteurs et les surfaces, en chiffres
C’est la partie que vous pouvez vérifier des yeux, pendant les deux jours où l’étanchéité est visible.
Au sol. Les surfaces de sol des zones exposées à l’eau doivent être étanchées sur toute leur étendue — pas seulement sous la douche. L’étanchéité doit être prolongée sur au moins 5 cm dans la zone périphérique, avec une bande d’étanchéité homologuée intégrée. Toutes les pénétrations et tous les éléments encastrés au sol doivent être raccordés et intégrés à la couche d’étanchéité.
Aux murs. Dans les zones exposées aux projections d’eau, les surfaces concernées doivent en principe être étanchées sur toute la hauteur de la pièce. Dans les pièces plus hautes que la moyenne, l’étanchéité doit monter au moins 30 cm au-dessus du point de prélèvement d’eau le plus élevé — la pomme de douche. Elle doit dépasser latéralement d’au moins 30 cm la zone exposée aux projections. Les raccords verticaux sont rehaussés d’au moins 5 cm avec une bande d’étanchéité.
Cette dernière exigence vaut aussi pour les parois de douche en verre. Une paroi vitrée ne dispense pas d’étancher le mur derrière elle.
Aux abords des bassins, la relevée d’étanchéité en pied de paroi doit être réalisée sur au moins 1 m.
Aux raccords. Largeur de raccordement d’au moins 50 mm pour les bandes de châssis flexibles, les brides fixes et les manchettes sur tout le pourtour. Largeur de collage d’au moins 30 mm à la jonction avec les appareils sanitaires.
Les épaisseurs minimales
Selon le matériau utilisé :
| Système | Épaisseur minimale |
|---|---|
| Enduits d’étanchéité minéraux souples | ≥ 2 mm à sec |
| Résines réactives, horizontal | 2 mm en moyenne, au moins 1,5 mm |
| Résines réactives, vertical | 1,5 mm en moyenne, au moins 1,3 mm |
| Dispersions polymères | ≥ 0,5 mm à sec |
| Membranes d’étanchéité | ≥ 0,5 mm d’épaisseur nominale |
Les membranes doivent en outre disposer d’une évaluation technique européenne pour l’étanchéité des murs et sols en pièces humides, ou d’une attestation de performance équivalente. C’est ce qui distingue une natte d’étanchéité d’un film plastique.
Ce qui change vraiment : on ne perce plus
C’est la nouveauté la plus concrète, et celle qui touchera le plus de chantiers.
Les percées ultérieures de la couche d’étanchéité doivent être réalisées exclusivement à l’aide de systèmes de montage appropriés, préinstallés et étanches en eux-mêmes. Sont explicitement exclus : l’étanchement par des produits d’étanchéité, les matériaux expansifs comme les chevilles remplies de mastic ou les bandes expansives glissées derrière une rosace, les rubans adhésifs et les caoutchoucs moulés.
Autrement dit : la barre de douche, la tablette, le porte-serviettes ou la paroi vitrée que l’on visse dans le carrelage terminé ne sont plus conformes, sauf à avoir prévu le point de fixation avant l’étanchéité.
Deux conséquences pratiques pour un maître d’ouvrage.
D’abord, les emplacements des accessoires se décident au moment du plan, pas à la fin. La norme le dit : les points et zones de fixation des équipements sanitaires doivent être planifiés suffisamment tôt.
Ensuite, la branche s’est mise à proposer une alternative : le collage plutôt que le perçage, avec des systèmes de fixation adaptés au support. C’est la réponse la plus commentée à cette exigence, et elle vaut surtout en rénovation et pour les poses après coup.
Pour les accessoires portant une charge — siège rabattable, poignée de maintien —, il faut garantir à la fois l’étanchéité du raccord et la capacité de charge. Ce qui renvoie à un autre article : les renforts posés dans la cloison pendant les travaux.
Le support, ce qu’on ne regarde jamais
La norme fixe aussi des exigences en amont de l’étanchéité elle-même.
Les mouvements. Les mouvements prévisibles de l’ensemble d’une chape flottante ne doivent pas dépasser 2 mm. Les systèmes de support pour éléments encastrés et appareils sanitaires doivent être conçus pour que les mouvements au droit des raccords d’étanchéité restent sous cette limite.
L’humidité du support. Les chapes à base de sulfate de calcium — l’anhydrite — doivent être à ≤ 0,3 % CM, ou ≤ 0,5 % CM sans chauffage au sol. Les chapes ciment sont admises à ≤ 4,0 % CM. Ce sont des mesures, faites au chantier avec un appareil ; elles se demandent.
Point pratique : la chape en sulfate de calcium n’est pas admise en sol dans la zone de douche.
Les baignoires et receveurs indépendants. La norme exige qu’ils soient découplés du reste de la surface du sol par une structure de socle stable ou un système de support, et posés sur la structure porteuse — la dalle brute.
Les portes et les accès doivent être protégés de l’action de l’eau, ou adaptés à la charge d’eau prévisible. L’humidité sur les sols adjacents non étanchés doit être contrée par des mesures appropriées : pente accrue, paliers. C’est la contrainte qui complique le plus la conception sans seuil.
L’étanchéité secondaire
Pour les éléments situés au-dessus de sous-constructions sensibles à l’humidité, ou au-dessus de locaux à fort risque de dommages, la norme demande d’évaluer tôt une étanchéité secondaire — une seconde barrière sous la première.
En sous-groupe A4.2, sa nécessité doit être examinée par le concepteur avec le maître d’ouvrage. En A4.3, elle est obligatoire.
Aux jonctions de portes sans seuil entre une zone avec et une zone sans étanchéité secondaire, il faut prévoir une rigole de sécurité — un drainage linéaire — raccordée à l’étanchéité secondaire.
Dans un immeuble en propriété par étages, avec un logement en dessous, la question mérite d’être posée même si votre salle de bains relève de A4.1.
Les quatre points où l’exécution rate
Sur les chantiers rouverts, les mêmes défauts reviennent.
Le relevé trop court. L’étanchéité du sol doit remonter sur les murs comme le bord d’un bac. Les 5 cm périphériques ne sont pas une recommandation esthétique.
Les angles et jonctions. Un angle est un pli, et un pli est un point faible. Les jonctions se traitent avec des bandes spécifiques, collées sur 50 mm au moins. Une étanchéité passée au rouleau sans bande d’angle fissurera exactement là.
Les percements. Chaque traversée est un trou : bonde, robinetterie encastrée, barre de douche. Le silicone n’est pas une étanchéité, c’est une finition — quelques années de durée de vie, puis il moisit et se décolle.
Le seuil de la douche de plain-pied. Sans receveur, tout repose sur la pente du sol et la continuité de l’étanchéité vers le reste de la pièce. C’est l’ouvrage le plus exigeant d’une salle de bains, et le plus souvent commandé pour des raisons esthétiques.
Ce que vous pouvez faire, concrètement
Passer sur le chantier au bon moment. L’étanchéité est visible deux ou trois jours, entre la chape et le carrelage. C’est la seule fenêtre où elle se constate. Une photo prise à ce moment vaut mieux qu’une discussion cinq ans plus tard.
Demander le sous-groupe d’application retenu. A4.1 ou A4.2 : c’est la question qui structure tout le reste, et elle a une réponse courte.
Demander le nom du système. Les systèmes sont vendus avec des fiches techniques publiques et des agréments. Demander lequel est utilisé est une question normale.
Faire écrire « SIA 271/1 » dans le devis. Un devis qui mentionne l’ancienne SIA 271 pour une salle de bains se réfère à la norme des toitures plates. Ce n’est pas un détail de numérotation : c’est le signe que la personne qui a rédigé le devis n’a pas suivi la mise à jour de 2025.
Pourquoi cela vaut la peine
Une étanchéité représente une part modeste du coût d’une salle de bains. Sa reprise suppose de déposer le carrelage, la chape, et parfois le plafond du voisin.
C’est le poste où le rapport entre ce que l’on économise et ce que l’on risque est le plus défavorable de tout le chantier. C’est aussi celui qu’on ne voit pas, donc celui sur lequel on est le plus tenté de ne pas poser de questions.