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Pompe à chaleur et bruit : ce que l'OPB impose pour le voisin, ce que la SIA 181 impose chez vous

Deux textes différents, deux problèmes différents, presque toujours confondus. Celui qui protège votre voisin n'est pas celui qui vous protège vous — et depuis novembre 2024, le calcul a changé de base.

Pompe à chaleur extérieure posée sur des plots en béton contre le mur d'une maison, une haie et la maison voisine derrière.
La distance à la limite de propriété décide plus souvent que la fiche technique. Image de synthèse

Une pompe à chaleur air-eau fait du bruit. C’est un ventilateur et un compresseur placés dehors, qui tournent la nuit, en hiver, quand tout est silencieux.

Autour de ce bruit, deux corps de règles s’appliquent. Ils ne protègent pas les mêmes personnes, ne mesurent pas la même chose, et ne se trouvent pas au même endroit. Les confondre est l’erreur la plus courante, et elle se paie au moment de l’opposition du voisin.

Deux textes, deux problèmes

L’ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit, l’OPB (RS 814.41), règle le bruit qu’une installation émet vers l’extérieur, donc vers les voisins. C’est du droit fédéral, contraignant, applicable partout en Suisse. Son annexe 6, chiffre 1, alinéa 1, lettre e, vise expressément les installations de chauffage, de ventilation et de climatisation : c’est là que tombe votre pompe à chaleur.

La norme SIA 181 traite de la protection contre le bruit à l’intérieur des bâtiments : ce que vous entendez chez vous, depuis une pièce voisine, un local technique ou un logement mitoyen. C’est une norme technique, qui devient contraignante lorsqu’un contrat ou une législation cantonale y renvoie. Son édition en vigueur est la SIA 181:2020, qui a remplacé celle de 2006 et s’applique aux projets dont la demande de permis a été déposée après le 1er novembre 2020. Cette révision a notamment porté l’écart entre exigences minimales et exigences accrues de 3 à 4 dB.

Un exemple rend la distinction évidente. Votre pompe à chaleur est posée contre la façade nord. Le voisin l’entend depuis sa chambre : c’est l’OPB. Vous l’entendez à travers le mur, depuis votre propre séjour, parce que le compresseur transmet des vibrations dans la structure : c’est la SIA 181.

Une installation peut parfaitement respecter l’une et pas l’autre.

Les valeurs, en chiffres

L’annexe 6 de l’OPB fixe les valeurs limites d’exposition au bruit de l’industrie et des arts et métiers. Elles s’expriment en niveau d’évaluation Lr, en dB(A), et dépendent du degré de sensibilité de la zone.

Degré Planification Immission Alarme
DS I 50 / 40 55 / 45 65 / 60
DS II 55 / 45 60 / 50 70 / 65
DS III 60 / 50 65 / 55 70 / 65
DS IV 65 / 55 70 / 60 75 / 70

Chaque cellule donne la valeur de jour puis celle de nuit, en dB(A) : les colonnes sont, dans l’ordre, la valeur de planification, la valeur limite d’immission et la valeur d’alarme. Le jour va de 7 h à 19 h, la nuit de 19 h à 7 h.

Les degrés de sensibilité sont définis à l’article 43 OPB : le DS I pour les zones qui requièrent une protection accrue, notamment les zones de détente ; le DS II pour les zones où aucune entreprise gênante n’est autorisée, soit typiquement les zones d’habitation ; le DS III pour les zones mixtes habitation-artisanat et les zones agricoles ; le DS IV pour les zones industrielles. Le degré figure dans le règlement de construction ou le plan d’affectation communal, il est consultable, et il n’est pas négociable.

Pour une installation nouvelle, ce sont les valeurs de planification qui s’appliquent — la colonne la plus stricte (art. 7 al. 1 let. b OPB). Ce qui est toléré chez un voisin qui a déjà sa machine ne dit donc rien de ce qui vous sera autorisé.

Dans une zone d’habitation ordinaire, en DS II, le chiffre à retenir est 45 dB(A) la nuit, au milieu de la fenêtre ouverte du voisin.

Comment le calcul est fait

Le Cercle Bruit — le groupement des responsables cantonaux de la protection contre le bruit — publie une aide à l’exécution dédiée, la 6.21, dont la version en vigueur date du 1er février 2025. Elle est destinée aux autorités, mais elle contient la méthode que votre installateur doit appliquer.

Le niveau d’évaluation se calcule ainsi :

Lr = Leq + K1 + K2 + K3 + 10·log(t / t₀)

Et pour les valeurs à utiliser en planification :

  • K1 = 5 dB le jour, 10 dB la nuit. C’est la correction propre aux installations de chauffage, ventilation et climatisation, fixée au chiffre 33 de l’annexe 6. Elle pénalise le caractère continu du bruit — et elle explique pourquoi une machine peut paraître discrète et échouer au calcul.
  • K2 = 2 dB, correspondant à une audibilité faible des composantes tonales.
  • K3 = 0 dB, absence de composantes impulsives.
  • 10·log(t / t₀) = 0 dB, l’aide à l’exécution retenant l’hypothèse d’un fonctionnement continu, soit 720 minutes.

Le niveau au point d’immission se déduit du niveau de puissance acoustique de l’appareil :

Leq = LWA2 °C − 11 dB + DC − 20·log(s)

s est la distance en mètres entre la source et le point d’immission, et DC le facteur de directivité :

  • +3 dB en propagation libre, à au moins 3 mètres de la façade — et aussi lorsque la machine et la fenêtre considérée sont sur la même façade ;
  • +6 dB en façade, ou sur la même façade dans un angle rentrant ;
  • +9 dB dans un angle rentrant.

Les angles sont des amplificateurs, et le calcul le chiffre : entre un emplacement en champ libre et un angle rentrant, il y a 6 dB d’écart, sans rien changer à l’appareil.

Le point d’évaluation, lui, est fixé à l’article 39 OPB : au milieu des fenêtres ouvertes des locaux à usage sensible au bruit — une chambre à coucher, typiquement — ou, pour une parcelle constructible non bâtie, sur l’alignement des constructions.

Ce qui a changé le 1er novembre 2024

Deux modifications de l’OPB, entrées en vigueur à cette date, ont rebattu les cartes.

Le niveau de référence est désormais mesuré à 2 °C. Le chiffre 34 de l’annexe 6 dispose que, pour les pompes à chaleur air-eau destinées majoritairement au chauffage des locaux ou de l’eau potable, le niveau d’évaluation est déterminé par le niveau de puissance acoustique pour une température extérieure de 2 °C. La valeur se prend dans la liste des données sonores du Groupement professionnel suisse pour les pompes à chaleur ; à défaut, dans les indications du fabricant, pour autant que le mesurage ait été fait selon la norme EN 12102-1.

C’est un changement de fond. Une machine se compare désormais dans les conditions où elle travaille vraiment — par temps froid, à régime élevé — et non dans une condition de laboratoire flatteuse.

Le principe de prévention a été borné. Le nouvel article 7 alinéa 3 OPB prévoit que, pour une nouvelle pompe à chaleur air-eau qui respecte déjà les valeurs de planification, des mesures supplémentaires de limitation des émissions ne sont exigibles que si les émissions peuvent être réduites d’au moins 3 dB moyennant au plus 1 % des coûts d’investissement de l’installation.

Ce double seuil — 3 dB, 1 % — met fin à une bonne partie des discussions. Le Cercle Bruit en tire les conséquences : un capot d’insonorisation ou une paroi antibruit coûtent en général plusieurs milliers de francs, donc bien plus de 1 % ; ces mesures ne sont pas proportionnées lorsque les valeurs de planification sont respectées. En revanche, les mesures de planification — choix d’un modèle silencieux, optimisation de l’emplacement — passent le test sans difficulté.

Les quatre décisions qui font le bruit

L’emplacement. C’est le levier le plus puissant, et le seul gratuit. Le bruit décroît avec la distance, et le facteur de directivité fait le reste. Placer l’unité du côté opposé au voisin le plus proche, hors de tout angle rentrant, règle une grande partie du problème sans rien acheter. L’aide à l’exécution recommande aussi de placer la source là où d’autres bruits existent déjà — le long d’une route plutôt que du côté du jardin.

Le choix de l’appareil. À puissance thermique comparable, deux modèles peuvent présenter des écarts d’émission considérables. C’est la première mesure examinée, et elle ne coûte rien de plus que de comparer deux fiches.

Le mode silencieux nocturne. Il doit être étudié pour la période 19 h – 7 h, et particulièrement entre 22 h et 6 h. Attention à un piège introduit avec le nouveau régime : le niveau LWA2 °C déterminant est donné sans tenir compte du mode silencieux. Celui-ci ne peut donc être pris en considération dans le calcul nocturne que si le fabricant l’indique explicitement.

Le découplage. Les vibrations transmises à la structure ne se traitent pas comme le bruit aérien. Plots antivibratiles, manchons souples sur les conduites, socle désolidarisé : c’est là que la SIA 181 rejoint la discussion, et c’est ce qui évite d’entendre son propre chauffage dans son salon.

Un mot sur l’hypothèse de calcul : l’aide à l’exécution retient un fonctionnement continu la nuit, alors qu’une pompe correctement dimensionnée tourne en moyenne quatre heures — ce qui vaudrait une correction d’environ −5 dB. L’attestation surestime donc volontairement l’exposition. C’est un choix assumé, qui favorise les machines silencieuses.

L’autorisation, canton par canton

Beaucoup de propriétaires découvrent après coup que l’installation d’une pompe à chaleur extérieure est soumise à autorisation, et donc à opposition. Le régime varie selon les cantons.

Fribourg documente clairement le sien : un nouveau chauffage relève du permis de construire en procédure ordinaire (art. 84 let. d ReLATeC), délivré par la Préfecture ; un changement de chauffage relève de la procédure simplifiée (art. 85 al. 1 let. d ReLATeC), l’autorisation étant délivrée par la commune après consultation des services de l’État. La commune procède de même pour les installations analogues de peu d’importance : pompes à chaleur de piscine, pompes de filtration, climatiseurs.

Le canton y ajoute une règle propre, tirée du principe de prévention : les pompes à chaleur de piscine doivent être éteintes de 19 h à 7 h, indépendamment de leurs performances sonores.

En cas d’opposition, la question posée à l’autorité est toujours la même : l’installation respecte-t-elle les valeurs de planification au point de mesure pertinent ? La réponse passe par une attestation du respect des exigences de protection contre le bruit, que le Cercle Bruit met à disposition sous forme d’application web pour les situations simples.

Un devis sérieux comporte cette attestation, ou au minimum le niveau LWA à 2 °C de l’appareil et la distance au local sensible le plus proche. Un devis qui n’en parle pas ne vous protège pas.

L’ordre à suivre

  1. Consulter le degré de sensibilité de votre parcelle dans le règlement communal — en zone d’habitation, comptez DS II, donc 45 dB(A) la nuit.
  2. Repérer la fenêtre du local sensible le plus proche chez le voisin, et mesurer la distance en mètres.
  3. Demander à l’installateur le niveau LWA à 2 °C issu de la liste du GSP, et le calcul au point d’immission.
  4. Choisir l’emplacement en fonction de ce calcul, et non de la longueur de tuyau la plus courte : éviter les angles rentrants vaut jusqu’à 6 dB.

Le quatrième point est celui qui coûte le moins et qui décide le plus. Il se prend en dix minutes sur un plan, avant que quoi que ce soit ne soit commandé.

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