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Cuisine · Suisse romande

Îlot central : les trois contraintes techniques qui décident du budget

Un îlot n'est pas un meuble, c'est un point d'arrivée de fluides au milieu d'une pièce. Ce que cela suppose selon ce qu'il y a sous vos pieds.

Caisson d'îlot de cuisine encore nu, tuyaux d'eau en cuivre et gaines électriques sortant de la dalle, conduit de ventilation posé au sol.
Sous un îlot il y a l'eau, l'électricité et la ventilation, avant le plan de travail. Image de synthèse

Sur le plan d’un architecte d’intérieur, un îlot est un rectangle. Sur un chantier, c’est un objet qui réclame de l’eau, une évacuation, du courant et parfois de l’air, à un endroit où le bâtiment n’a rien prévu.

Le budget d’un îlot ne se décide donc pas dans la salle d’exposition. Il se décide le jour où quelqu’un regarde ce qu’il y a sous le sol.

Contrainte 1 : l’évacuation, qui a besoin d’une pente

C’est la contrainte reine, et la plus mal comprise. Amener l’eau propre jusqu’à un îlot est facile : un tuyau sous pression passe presque partout. Évacuer l’eau sale est une autre affaire, parce qu’une évacuation gravitaire a besoin d’une pente continue jusqu’à la colonne de chute.

Trois situations se présentent.

Dalle sur cave ou sur vide sanitaire. C’est la meilleure. On perce la dalle, on passe l’évacuation par-dessous, on rejoint la colonne avec la pente voulue. Le percement d’une dalle porteuse n’est pas anodin, il doit être positionné hors des zones d’armature principales, mais la solution est propre et silencieuse.

Dalle sur terre-plein ou dalle intermédiaire sans accès par-dessous. Là, il n’y a pas de sous-sol où passer. Deux issues : surélever le sol de la zone concernée pour créer la pente, ce qui se voit et se sent au pied, ou installer une pompe de relevage sous l’évier. La pompe fonctionne, mais elle s’entend, elle s’entretient, et elle tombe en panne un dimanche.

Immeuble en propriété par étages. Le percement d’une dalle touche à la structure, donc aux parties communes. Cela ne relève plus seulement de votre chantier mais de l’assemblée des copropriétaires. Ce point se vérifie avant de commander la cuisine, pas après.

Contrainte 2 : l’électricité, et le triphasé

Un îlot qui porte un plan de cuisson concentre beaucoup de puissance en un point. Une table à induction pleine largeur demande couramment une alimentation en courant triphasé, c’est-à-dire trois phases plus le neutre, et non une simple prise.

Cela suppose que le tableau électrique dispose du départ nécessaire, que la section de câble soit suffisante, et qu’un chemin existe pour tirer ce câble jusqu’au milieu de la pièce. Dans un appartement des années soixante, ces trois conditions sont rarement réunies d’emblée.

S’ajoutent les prises de plan de travail, l’éclairage, et souvent une hotte. Chacune de ces lignes doit être protégée. Le contrôle final de l’installation par un organisme agréé est obligatoire en Suisse, et il se planifie.

Le point à retenir : le coût électrique d’un îlot ne dépend pas de l’îlot, mais de la distance entre l’îlot et votre tableau, et de ce qu’il y a entre les deux.

Contrainte 3 : la ventilation, où il faut choisir son camp

Une hotte d’îlot pose un problème que n’a pas une hotte murale : il n’y a pas de mur derrière pour évacuer.

Évacuation vers l’extérieur. C’est la solution la plus efficace. Elle suppose une gaine qui traverse le plafond ou le sol, puis rejoint une façade ou une toiture. Dans une maison individuelle avec des combles, c’est souvent faisable. Dans un appartement, la gaine devient un ouvrage en soi, et l’ouverture en façade relève parfois de l’autorisation.

Recyclage avec filtre à charbon. Rien à percer, mais les filtres se changent et l’humidité reste dans la pièce. Dans un logement bien isolé et étanche, ce point n’est pas neutre : une cuisine produit beaucoup de vapeur d’eau, et cette vapeur doit sortir d’une manière ou d’une autre.

Hotte escamotable en plan de travail. Elle règle l’esthétique et récupère les fumées au plus près, mais elle occupe sous le plan un volume qui n’est plus disponible pour les tiroirs, et elle ramène le problème de l’évacuation d’air au même endroit.

La cote qui décide du confort : 1,20 m

Avant même les fluides, un îlot pose une question de distance, et il existe pour elle une valeur de référence suisse.

La norme SIA 500 sur les constructions sans obstacles fixe, pour une cuisine à deux fronts ou avec élément central, une distance minimale de 1,20 m entre les fronts. Pour une cuisine à un front ou en L, elle demande un espace libre d’au moins 1,40 × 1,70 m devant l’évier et la cuisinière, et un plan de travail de 0,25 à 0,90 m entre l’évier et la cuisinière.

Vous n’êtes pas tenu d’appliquer cette norme dans un logement existant. Mais 1,20 m est la distance en dessous de laquelle deux personnes ne se croisent plus, un lave-vaisselle ouvert bloque le passage, et un four s’ouvre contre l’îlot. C’est aussi une cote qui ne coûte rien tant qu’elle est sur le plan, et qui ne se rattrape jamais ensuite.

À vérifier sur le plan du cuisiniste : la cote entre le front principal et l’îlot, mesurée entre les faces finies, poignées comprises.

Un mot sur les prix, et sur ce que nous ne savons pas

Une reprise d’évacuation ou une pompe de relevage sont des postes réels, parfois décisifs pour le budget d’un îlot. Nous n’avons trouvé aucun relevé de prix suisse publié et daté pour ces deux postes, et nous n’en inventerons pas.

La parade est simple et vaut mieux qu’une fourchette approximative : demandez que la reprise d’évacuation et l’éventuelle pompe de relevage figurent en position chiffrée séparée sur le devis, avec la mention de qui l’exécute. Un poste chiffré à part se compare d’un devis à l’autre. Un poste fondu dans un forfait ne se compare pas.

Le plancher chauffant, la quatrième contrainte dont personne ne parle

Si votre sol est chauffant, tout percement devient une opération à risque. Les boucles sont noyées dans la chape et un plan de pose n’est pas toujours disponible. Une caméra thermique permet de les repérer avant de percer, à condition de faire circuler l’eau chaude au préalable. C’est une précaution de quelques dizaines de minutes qui évite une réparation de chape.

Ce qu’il faut faire avant de commander

Trois vérifications, dans cet ordre, avant de signer quoi que ce soit :

  1. Descendre à la cave, ou soulever une trappe, et regarder où passe la colonne de chute.
  2. Ouvrir le tableau électrique et compter les départs disponibles.
  3. Décider du mode de ventilation, parce qu’il conditionne le meuble.

Ces trois réponses déterminent la faisabilité et une grande partie du prix. Elles se trouvent en une heure. Les découvrir après la dépose de l’ancienne cuisine coûte beaucoup plus cher qu’une heure.

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